DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE

Depuis l’aube des temps, les éclipses solaires ont tant fasciné que terrifié les peuples à travers le monde. Ce moment où la lune vient se juxtaposer en face du soleil projetant son ombre sur une mince surface de la Terre (environ 0,3%) a longtemps été source d’inquiétude, jusqu’à ce que les astronomes parviennent à expliquer ce phénomène céleste.

Le Soleil est 400 fois plus gros que la Lune qui elle est 400 fois plus proche de la Terre. Cette incroyable coïncidence explique que nous ayons des éclipses totales du soleil de temps à autres.

En ce qui me concerne, je me souviens encore de celle du 21 aout 2017. Bien que je n’aie pu l’observer que partiellement depuis l’Est du Canada, le spectacle fut grandiose. Ceux qui ont eu la chance de la vivre dans sa totalité ont décrit ce phénomène comme l’un des plus exceptionnels qu’ils ont eu la chance d’observer. Alors, lorsque j’ai appris que la prochaine éclipse totale se produirait le 2 juillet 2019 dans le désert de l’Atacama au Chili, région qui m’est chère et que je connais très bien, j’ai aussitôt compris qu’il allait me falloir planifier mon voyage longtemps en avance si je voulais être présent.

La région de l’Atacama se trouve au Nord du Chili et bien que l’accès soit relativement aisé, les aéroports sont petits, les vols limités et l’infrastructure hôtelière insuffisante pour accueillir les foules qu’un événement de cette ampleur attire. Ce désert aride, réputé pour ses ciels étoilés, est l’épicentre mondial de l’observation astronomique; environ 45% de toutes les observations s’y produisent. Le fait qu’une éclipse totale ait lieu en cet endroit rend le phénomène encore plus spécial à mes yeux. C’est donc en août 2018 que j’ai commencé à réserver vols et hôtels afin d’avoir la certitude de pouvoir me rendre dans ce lieu reculé.

Nous voici le 30 juin 2019, j’ai enfin rejoint un groupe d’amis photographes à Santiago, d’où nous nous envolons pour Copiapo, petite ville minière que nous avons choisie comme base. Bonne surprise en arrivant, malgré l’hiver austral, la température est clémente et le soleil au rendez-vous. Il nous est donc possible de tester notre matériel, filtres solaires et autres afin de ne rien laisser au hasard le 2 juillet. Le soir précédant l’éclipse, alors que nous sommes réunis sur le toit de l’hôtel à déguster un bon verre de Pisco Sour, fameux cocktail chilien, nous sommes gratifiés d’un coucher de soleil à couper le souffle comme s’il en fallait encore plus pour en rajouter à notre fébrilité déjà palpable.

Nous avons décidé que l’endroit d’observation idéal se situerait proche de l’observatoire de La Silla, à environ 600km au nord de Santiago et 3 heures de route au sud de Copiapo. Il nous faut donc quitter l’hôtel aux aurores afin de prendre la foule de vitesse et nous rendre dans cet endroit isolé grâce à notre chauffeur local. Mission accomplie; celui-ci nous dépose aux pieds d’une colline aride en plein désert à 9h30 du matin, soit environ 6h avant le début de l’éclipse. C’est plus qu’il n’en faut pour gravir la colline avec notre matériel sur le dos et trouver l’emplacement idéal à partir duquel photographier le phénomène.

Une éclipse totale débute et achève par une éclipse partielle et l’événement dans son ensemble dure habituellement 2 à 3 heures, mais la partie ou le Soleil est totalement « obscurci » par la lune ne dure que peu de temps, 2 à 3 minutes généralement. Dans notre cas, le premier contact a lieu à 15h23 tandis que l’éclipse totale se déroulera entre 16h39 et 16h41 et le Soleil brillera de nouveau en totalité à 17h47, soit peu de temps avant de se coucher à l’horizon.

À mesure que la Lune prend place en face du Soleil, la lumière diminue, nos ombres s’allongent et la température baisse de quelques degrés. Le spectacle est époustouflant mais lorsque nous entrons dans la phase de la totalité, nous sommes tous bouche bée. Aucun qualificatif, aucun mot ne peut décrire les émotions ressenties durant ces quelques deux minutes qui, au final, nous ont semblé être quelques secondes. Tandis que l’obscurité règne en plein jour, les rayons du soleil dansent autour de la lune, la coiffant d’une couronne lumineuse et scintillante. Tout autour de nous, sur 360 degrés, une lueur de coucher de soleil à l’horizon et plus haut dans le ciel, Vénus ainsi que d’autres planètes brillent en plein jour.

Lorsque la phase de totalité achève par un scintillement intense, tous nos poils sont dressés et nous crions tels des gamins surexcités sans heureusement perdre le réflexe d’appuyer constamment sur le déclencheur de nos caméras afin d’immortaliser ce moment privilégié. Puis, tranquillement, la lumière reprend le dessus et le soleil, sa place dans le ciel.

Sur une échelle de 1-10 de gradation des événements naturels, une éclipse partielle est peut-être un 7, une aurore boréale un 10 tandis qu’une éclipse totale est un 1000. Lorsque l’ombre lunaire envahit la planète, la vue de cette glorieuse couronne de lumière est d’une beauté indescriptible et je vous souhaite à tous de pouvoir vivre ce phénomène au moins une fois dans votre vie.

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